DANS LE RETRO



HISTORIQUE

De l'âge de pierre à l'âge de Stahl

 

EQUIPES

Les premiers Pierrots

 

 

 

 

 

 

 

 

 DE L'AGE DE PIERRE A L'AGE DE STAHL  

par Gilbert WAGNER

"La neige enfin a fait son apparition et nous eûmes hier le plaisir, à notre réveil, d'admirer notre cité sous son beau manteau blanc. Elle était ravissante comme une bonne vieille emmitouflée ; des bandes d'Ouate ourlaient les toits de ses maisons et de longs tapis blancs se déroulaient dans ses artères. "

"Quelques frileux qui se rendaient le matin à leurs occupations poussaient bien des brr ! Maints plaisants s'écriaient même : "C'est comme en Russie". Quant aux piétons, ils éprouvaient un tantinet de difficultés et maugréaient dans l'attente des tramways qui arrivent souvent en retard. Ils avaient certainement perdu la notion de l'hiver et des inconvénients qu'il nous apporte."

Pour les "Dernières Nouvelles de Strasbourg" du vendredi 6 janvier 1922, c'est l'événement dans la page informations locales. Dame Holle vient en effet de secouer furieusement ses édredons sur la ville, ce qui empêchera pas mal de monde d'assister à l'ouverture de la saison d'opérettes au Théâtre de l'Union avec "La Meunière du Moulin Rouge" dans laquelle Mlle Alice de Montéro et un ballet de quatorze giris brûlent les planches ; ou d'aller au cinéma, par exemple au central où a lieu la première de "Le chien de Baskerville" d'après le roman de sir Conan Doyle, aux Arcades (Le Porion), à Broglie (Pervenche), à l'Eldorado (Les Morts ne parlent pas), à Kléber (Heureuse Réclame), à Madelon (L'homme aux neufs doigts), à l'U.T. (La femme X).

Les mauvaises conditions atmosphériques n'empêcheront cependant pas une cinquantaine de braves jeunes gens, pleins d'entrain et de bonne volonté, de rallier la maison des oeuvres de la rue Gloxin (Spatzehiesel) pour répondre à l'invitation de l'abbé Georges Schieber qui a eu l'idée de créer au sein de la Paroisse Saint-Pierre-le-Jeune, dont il est curé, un Cercle sportif catholique. Celui-ci ne tardera pas, dès la réunion constitutive, à devenir le Club Sportif Les Pierrots de Strasbourg, le patronage (Bengeles) qu'il était au départ changeant de statut en 1927. Les membres fondateurs, outre l'abbé Schieber bien sûr, en sont: Frédéric Gassert, Marcel Huberschwiller, Charles Gradwohi, Lucien Knoerr et Robert Meyer qui restera fidèle au club jusqu'en 1998 où, à 92 ans, il s'en est allé, sur la pointe des pieds, rejoindre sa chère Paulette, ses amis Chariot Feuerbach, Raymond Brehm, Walter Schwambach, Jacques Mitsch, les frères Lausecker {Joseph et Charles), Robert Fuchs, René Schoettel et beaucoup d'autres encore, et donner un coup de main à Paco Matéo, responsable de l'école de football des anges.

Le premier comité directeur est présidé par Caspar Wintrich, mais celui-ci, en désaccord avec ceux qui vont refuser de pratiquer la gymnastique, passe rapidement le témoin à Auguste Jest lui-même remplacé en octobre 1922 par Albert Stehier âgé de 20 ans à peine.

 

UN NOUVEL ACTE DE NAISSANCE

Mais si, officiellement, les Pierrots ont donc été portés sur les fonts baptismaux le 6 janvier 1922, Emile Stahl, estimant que leur conception remontait à plus loin, a décrété un jour que dorénavant on fêterait l'anniversaire de leur création la même année que son anniversaire à lui (il est né le 9 février 1921). "Dess isch jo nitt wichtig". Un coup de canif dans le registre des associations qu'on lui pardonnera d'autant plus volontiers que sans lui les "jaune et noir" n'auraient jamais atteint les sommets.

 

DES "SANS DOMICILE FIXE"

"Spielvereinigung Strassburg" à une sombre époque où Roger s'appelait Rüdiger, les Pierrots ont été longtemps , avant et après la guerre, les romanichels du sport strasbourgeois. Des SDF. Des "Sans Domicile Fixe" baladés d'un stade à l'autre. Du chemin du Glacis où ils manœuvrent sur un terrain militaire, à la Meinau, vis-à-vis de la fabrique de cigarettes Job sur une aire prêtée par la Banque d'Alsace et de Lorraine ; du stade Kablé où se trouve aujourd'hui le lycée Kléber au stade de l’Ill ; avant d'hériter du stade Vauban à la porte de Kehl, où il a fallu commencer au demeurant par régler un problème de cohabitation avec le CAS par une fusion synonyme d'absorption.

 

UN GRAND CLUB OMNISPORTS

Longtemps également et plus spécialement sous le règne de Marcel Huberschwiller, c'est un grand club omnisports dont la locomotive est d'ailleurs la section d'athlétisme. On y pratique aussi le basket-ball avec un certain Jean-Paul Beugnot, le handball, le volley, le hockey-sur-gazon, le tennis de table, la pétanque, la formation préliminaire et la danse, le fameux ballet des Pierrettes constituant une des attractions du gala annuel organisé par le CSP au Palais des Fêtes.

Mais si les footeux font une apparition éphémère en division d'honneur avec Edmond Haan "de Goggel", le troueur de filets (1946), c'est en 1962 que commence l'histoire des Pierrots, la vraie, celle qui restera dans les annales. L'épopée des temps modernes.

Sous la férule de l'excellent pédagogue Roger Lavilatte, ils viennent d'arracher de haute lutte leur promotion en promotion quand Emile Stahl, agent immobilier, décide de bâtir sur du solide. Il engage Paco Matéo, major du stage des entraîneurs en 1952, et renforce l'équipe avec Hubert Hausser (Racing), Martin Schroeter (SC Schiltigheim), André Gall et Bernard Huss (La Wantzenau), Roger Muhl (CAS). Une équipe qui fait cavalier seul avec dix points d'avance sur le FC Kronenbourg, se pare du titre régional au détriment de St Louis et se retrouve donc en division d'honneur avec plusieurs saisons d'avance sur son tableau de marche.

 

LIDO, BLUEBELL GIRLS...

Bientôt elle va défrayer la chronique sur la plan national. Grâce à la coupe se France. Grâce au fameux marathon avec Agde. Celui-ci débute le 9 février 1964 à Montélimar (120 minutes), se poursuit à Dijon (120 minutes) et à Imphy (120 minutes), pour se terminer le 28 février à St Ouen où Roger Pirlet, à la 80e', marque le but victorieux. Lido, Bluebell Girls, photo à la une de France-Soir : c'est la gloire.

Au-delà des Vosges on sait maintenant que ce n'est pas une troupe de théâtre où une société carnavalesque.

En huitièmes de finale, elle ne s'incline qu'à la 109e', au Ladhof à Colmar, devant les professionnels du Red Star de Paris (0-1). Le challenge "France-Football" lui revient de droit. Le CFA lui tend les bras. Elle y accède après avoir dominé copieusement ses adversaires de la DH, y compris son dauphin ludovicien relégué à neuf longueurs.

 

PARMI L'ELITE NATIONALE

Malgré l'arrivée de François Remetter, Paul Kohler, Albert Lechner et Raymond Gross, il faudra attendre la 24 mai 1969 pour les voir conquérir le titre du groupe Est aux dépens de leur éternel rival, Sochaux (3-1), Roland Debs, Joseph Hoffsess, André Burkhard et Guillaume Ahipeaud étant venus grossir les rangs.

 

LES ROIS DU PARC DES PRINCES

Le 21 juin, trois ans après, ils se frottent de nouveau à la prestigieuse US Quevilly qu'ils écartent de leur chemin 2-1 (avec un but de Sulak après 30" de jeu) et le 29 juin, toujours au Parc des Princes, les Muhl, Siefert, Lechner, Stieber, Zix, Debs, Hoffsess, Hausser, Kohler, Burkhard, Wintz, Sulak et Sublon remportent leur premier titre de champion de France en défaisant l'Entente Bagneux-Fontainebleau-Nemours (3-2), après une remontée fantastique, menés qu'ils étaient par 0-2 jusqu'à la 67e' où Kohler, Hoffsess et re-KohIer annuleront les buts de Jean-Pierre Viala et d'ibrahim. Leur retour à Strasbourg, le lendemain, après une soirée à la Reine Pédauque, est triomphal. Leur réception à l'Hôtel de Ville par le maire Pierre Pflimlin ne l'est pas moins. Et, à ce moment-là, le président général Albert Klein et le président des seniors Charlot Feuerbach sont loin de penser que douze mois plus tard on remettrait le couvert. En effet, le 14 juin 1970, encore au Parc livré le lendemain aux pics des démolisseurs, les Buch, Siefert, Lechner, Becker, Burkhard, Stieber, Ahipeaud, Sulak, Sublon, Kohler, Hausser et Wintz s'assurent la garde du challenge Jules-Rimet en disposant de Montélimar par 1-0 (but de Kohler dès la 12e').

Las ! Pour des raisons que la raison ignore, ils seront alors eux aussi livrés aux pics des démolisseurs. Ou plutôt, on les marie au Racing. Du coup, ils perdent leur identité en s'appelant RPSM, sigle barbare signifiant Racing-Pierrots-Strasbourg-Meinau.

 

14 JUIN 1971 : AS VAUBAN

Il devait cependant être écrit quelque part que cette union contre nature ne durerait guère. En tout cas, un an après, le 14 juin 1971, un quarteron de téméraires, pour reprendre une expression de Jacques Barbier, se réunit en assemblée générale constitutive de l'AS Vauban. Le 23 juin, les modalités de séparation sont mises au point avec les représentants du RPSM chez le professeur Jean-Nicolas Muller.

Et, le 27 juillet, Charles Hoffmann dirige le premier entraînement des "divorcés". Pas de cadeau du côté de la LAFA : il faut recommencer au pied du mur, là où l'on reconnaît le maçon, tout au bas de l'échelle, c'est-à-dire en quatrième division départementale, avec les Parmentier, Hoeltzel, Wendling, Massmann, Lechner, Jonier, Schaeffer, Yordey, Schiff, Sulak, Simoni, Brehm qui débutent d'ailleurs par une victoire face au SOPC (3-0), le premier but étant l'œuvre de Fritz Schaeffer à la première minute. Le comité central est présidé par Pierre Saas, assisté de Robert Meyer et Gilbert Huberschwiller, la section des seniors par Raymond Brehm et celle des jeunes par Robert Noël.

Le 17 juin 1977, l'assemblée générale du club, à l'unanimité moins une voix et deux abstentions, entérine le changement de patronyme, le nom des Pierrots, miraculeusement ressuscites, étant adjoint à celui de l'AS Vauban.

 

SOUS LA FERULE DE RAYMOND HILD

Au moment même où, sous la férule de Raymond Hild (de Hilde Max) venu de Mutzig en 74, les "jaune et noir", plus fiers que jamais de leurs couleurs, réintègrent le CF3. Après avoir établi un record difficile à battre : 113 matches de championnat sans défaite, leur invincibilité prenant fin le 9 janvier 1977, à la 80e' de leur confrontation avec Nierderbronn (1-2). Il est vrai qu'entre-temps des joueurs comme Rolf Siefert, Hubert Hausser, André Gall, Christian Schalk, Roland Sublon, Richard Wintz, Michel Bossert, Willy Epper, Désiré Lorand, Gérard Hausser, Marcel Lazarus, Richard Schalber, Arsène Wenger, ont enrichi l'effectif. Dans les sphères dirigeantes, Pierre Saas, trop pris par ses occupations professionnelles chez Bongard, a cédé la présidence générale à Robert Meyer (1973) puis à Claude Eisaesser (1975), et Yvon Hils a succédé à Beppo Brehm.

Pour faire plaisir et remercier de ses largesses leur patron Emile Stahl qui depuis toujours voue une véritable passion à Dame Coupe, les nouveaux Pierrots se font un devoir de réaliser quelques exploits dans l'épreuve reine nationale et ont le redoutable honneur d'affronter, au fil des saisons, Bastia en 16e de finale, Nice en 8e, Nancy (futur vainqueur de la CDF avec Platini, Rouyer, Rubio, Curbelo) en 32e.

 

RAYMOND KAELBEL A LA BARRE

Après Raymond Hild, parti aux SR Haguenau alors en 2e division nationale, et un bref retour de Paco Matéo que la grande faucheuse va attendre au tournant de la route d'Eschau à Illkirch-Graffenstaden le 21 juillet 1979, un autre Raymond, le Kaelbelremes, va conduire le navire à bon port. Pratiquement d'entrée de jeu.

Dès 1981, en effet, Raymond Kaelbel et sa troupe terminent en tête de leur groupe de 3e division et sont opposés en finale nationale, disputée en deux manches, à Fontainebleau. Mêmes scores (2-1) et mêmes buteurs (Richard Schalber et Jean-Marc Venturini) à l'aller et au retour. Et le titre à la clé. Les Lorand, Schalk, Schmitt, Reder, Badjika, Duguépéroux, Schalber, Roecklin, Venturini, Laureaux, Weber, Friedrich, Jung, Jacky sont champions de France. Et rebelote en 82. Cette fois au détriment d'Alès plus à l'aise à domicile (0-0) qu'à l'extérieur (3-2), Johnny Roecklin, Richard Schalber et René Weber répondant du tac au tac au doublé de Dewynter. "Im Remes sini Band" composée de Lorand, Schalk, Schmitt, Duguépéroux, Reder, Roecklin, Schalber, Friedrich, Gérard Hausser, Garcia, Waag, Weber rejoint de la sorte dans la légende les Pierrots de Paco Matéo.

 

CELUI QUI A DIT NON

Comme le 27 juin 1969 déjà, Emile Stahl dira catégoriquement non à la D2, à cinq reprises d'ailleurs (80, 81, 82, 84, 86), se refusant à jouer avec le feu... "Monter en 2" division c'est une aventure suicidaire menant tôt ou tard le club à la faillite. "

D'ailleurs, ne craignant guère de se faire traiter de "Hans im Schnokeloch" ("Un was er will dess hett er nitt, un was er hett dess will er nitt."), celui qui a dit non à la D2 dira même non plus tard au championnat de France tout court, partant du principe qu'il vaut mieux être le premier dans son village que le deuxième à Rome. Jusqu'en 1999.

 

JACKY, GUY, CHRISTIAN, PASCAL...

Mais revenons en arrière. En 1998, devenu directeur sportif, Raymond Kaelbel passe la main à Jacky Duguépéroux qui est sans doute le seul joueur de l'hexagone a avoir été champion de France amateur après l'avoir été chez les pros (Racing). Un autre ancien champion de France, Jean-Jacques Marx, à 31 ans, lassé de rouler sa bosse loin de Fegersheim, accepte les propositions d'Emile Stahl et vient servir de guide, de rampe de lancement aux jeunes. De même que Philippe Krug.

"Django" restera au demeurant après la descente volontaire en division d'honneur en juillet 1991 avec comme entraîneur un autre Kaelbel, Guy, le fils de Raymond et comme partenaire un certain Didier Six. Deux titres consécutifs de champions d'Alsace et la neuvième coupe d'Alsace des Pierrots le 24 juin 1995 aux dépens du Sporting de Schiltigheim : le cadet des Kaelbel peut s'en aller avec le sentiment d'avoir accompli sa mission. Il sera remplacé par Christian Bach qui ne fera que passer, son adjoint Pascal Droehnlé prenant la relève avec Laurent Maennel comme capitaine de l'équipe. Et la réussite que l'on connaît : le retour tant attendu en championnat de France.

En 1993, le 27 février, un événement extra-sportif a revêtu un vif éclat. Il s'agit de l'inauguration des nouveaux vestiaires du stade de la Porte de Kehl, en présence de Fernand Sastre et Michel Platini, coprésidents du comité d'organisation de la coupe du Monde de 98. Mais on a également connu une vive déception à l'annonce du départ d'Yvon Hils pour lequel Bertrand Merklé va assurer l'intérim, en attendant la prise de fonction d'Albert Buffler puis de Serge Comtesse, alors qu'au niveau des jeunes, Robert Noël ayant fait valoir ses droits à la retraite, Roger Bruck fait souffler un vent nouveau sur la section, avant de refiler le bébé à son secrétaire Pierre Martin (question de disponibilité).

Autant de sang neuf. Autant de garants pour l'avenir. Mais, de toute façon, comme l'écrivent si bien Alphonse Jenny et Doris Richert dans l'avant-propos de leur "Précis pratique de grammaire alsacienne" : "Mit Lùscht ùn Lieb zuem Ding wùrd alli Mèhj ùn Arweit gering". C'est-à-dire : "Lorsqu'avec envie et amour les choses on peut aborder, tout travail, tout effort semblent légers".

G.W.

 

 

 

 LES PREMIERS PIERROTS  

De gauche à droite :

1er rang : MEYER Robert l, HUBERSCHWILLER, GRADWOHL, Abb SCHIEBER, DORNINGER, BALTZINGER, KNOERF L., LAZARUS, HAMM.

2e rang : ROHR, WITZ Laurent, ACKERMANN, MULLER, KELLER.

3e rang : MIEHL, FRIED, STEINMETZ A KNOERR Jos., BAUMGARTNER, WOLFF. MEYER Robert II, HILD, BLOCH.

 

 







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